Elle avait les cheveux des fées aux couleurs de début d’automne, d’un noir foncé rehaussé de reflets roux qui attiraient sur eux toute la lumière qui acceptait de venir s’y accrocher. Les gens se retournaient sur son passage pour admirer la cascade dorée qui coulait dans son dos au rythme calme de ses pas. Son teint de porcelaine s’accordait parfaitement à sa chevelure, ainsi que le marron profond de ses yeux qui n’était pas sans rappeler les cieux alourdis de nuages de l’automne. La fine pluie invisible qui s’en déversait ne faisait que confirmer parfois cette impression, perles de sel accrochées à ses cils recourbés pour s’écraser à ses pieds en silence.
Silence, elle n’était que cela. Les pensées affluaient au fond de son crâne mais ne franchissaient jamais le seuil de ses lèvres, bloquées par quelque force invisible mais puissante qui la tenait entre ses griffes, enchaînée à son silence. C’était une fille discrète, sans histoire apparente, d’une beauté presque légendaire, aux formes agréables à l’œil et aux traits fins, douce, aimable, serviable, polie, généreuse et qui savait s’effacer. Une sorte de fille parfaite, disaient beaucoup. Seulement, s’effacer, elle ne savait faire que cela. Elle ne savait pas apparaître. Elle n’était qu’une façade irréprochable, une façade dont tout le monde se contentait voir même se satisfaisait. Elle est tout ce que le monde a perfectionne de mieux. Elle est Abir.